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Le livre, ce nouveau consultant mode !

Dernière mise à jour : 15 janv.


Défilé Céline - crédit Pexel
Les livres de mode


Si la mode influence la littérature depuis la Renaissance, il est évident que l’inverse se vérifie aussi. La littérature inspire la mode depuis longtemps.

Pour preuve : des évènements à haut coefficient glamour qui sont restés dans l’histoire : la soirée du Bal Proust dans les années 1970, le Bal Noir et Blanc de Truman Capote à New York - mis en lumière dans la série Feud : Truman Capote vs The  Swan. Les Met Gala de l’époque en somme…


La culture littéraire du créateur 


Première explication : le créateur, comme tout artiste, est cultivé voire très cultivé, si ce n’est même érudit. Il pourrait animer le plus pointu des booksclubs. 


Il étudie, réfléchit et se confronte. A sa propre vie, à son époque…parce qu’il se donne pour mission de comprendre et de donner à voir sa génération qu’il relie aux destins romanesques les plus illustres. La mode est donc fortement liée à une culture (classique, populaire) qui constitue une perspective pour mieux comprendre le présent.       


Parmi les auteur.e.s les plus porteur.euse.s on pense à Virginia Woolf, source d’inspiration pour Burberry et Fendi. En 2022,  Kim Jones, alors Directeur Artistique des collections femmes et bon bibliophile, avait puisé dans la figure androgyne d'Orlando. Très influencé par le monde littéraire, il avait déjà présenté, en décembre 2021, la collection Dior Homme automne 2022 en s'inspirant du thème du voyage et plus précisément de l’œuvre de Kerouac, Sur la route 

L’ombre de Virginia Woolf plane aussi sur Givenchy, par ailleurs indissociable de l'œuvre Breakfast at Tiffany's, le chef d’œuvre de Truman Capote adapté au cinéma avec la lumineuse d’Audrey Hepburn. 


Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany's
Audrey Hepburn, Breakfast at Tiffany's (1961)

La culture de celui qui dirige la collection a toujours insufflé l’esprit de la maison et prouvé son excellence. La littérature sert de muse autant que de caution intellectuelle au créateur qui s’inspire de cette autre forme artistique pour traduire par la couture sa propre idée du beau. 

Karl Lagerfeld, pour ne citer que lui, n’a jamais caché son engouement pour les livres. 

Il n'avait aucune addiction, de son propre aveu, sauf l'achat de livres :"Je ne peux pas vivre sans livre". En 2019, Virginie Viard lui a donc rendu hommage, dans son défilé Chanel Haute Couture, reconstituant, comme décor, dans le Grand Palais, la bibliothèque de son mythique prédécesseur.


Les défilés entre les livres


Car oui, c’est l’univers livresque dans sa globalité qui constitue une source d’inspiration. Et le lieu qui abrite l’objet livre : la bibliothèque. 


En 2017, lors de la Fashion Week Prêt à Porter automne-hiver, pour le défilé FENTY X PUMA, Rihanna avait commandité un défilé à la Bibliothèque Nationale de France, dans la grande salle ovale. Surnommée le “Paradis ovale”, la salle pourtant vidée de ses livres pour travaux, avait été entièrement remplie de livres externalisés pour un défilé baptisé Fenty University.  


Défilé Fenty University FENTY X PUMA
Défilé Fenty University FENTY X PUMA

En 2024, avec La Collection De La Bibliothèque Nationale, Hedi Slimane, le directeur artistique de Celine a offert une incursion entre les livres de la rue Richelieu, ancien palais du cardinal Mazarin pour un défilé intitulé Tomboy, garçon manqué qui mettait en avant des silhouettes faisant écho au cadre studieux des allées de la bibliothèque. 


La tendance librarian core 


Si la bibliothèque contribue à créer une atmosphère singulière -très exploitée dans les séries se déroulant sur un campus ou en version plus gothique chez Harry Potter-, il y a la silhouette qui va avec. Le look  qu’on prête aux libraires et aux bibliothécaires a, cette année, créé la hype…Il est un peu, voire très fantasmé mais il a le mérite d’upgrader les lunettes. 

C’est la tendance librarian core dont les ambassadrices les plus illustres se nomment Bella Hadid et Emma Chamberlain ! 

Dans un esprit que les modeuses associent à celui de l’Ivy League. 

Elles reproduisent donc le style casual chic des étudiants des sept campus américains de la ligue du même nom :  Brown, Columbia, Cornell, Dartmouth, Harvard, l’Université de Pennsylvanie, Princeton, Yale..

En gros, il est de bon ton d’avoir l’air d’un.e intello. 


Getty
Bella Hadid

Le livre, cet accessoire ! 


Et il y a l’accessoire. Ce n’est plus le contenu qui inspire mais l’objet livre, éternelle icône ! 

Dès sa création, Olympia Le Tan a enchanté la planète mode avec ses accessoires minaudières. Pour faire court et bien comprendre, la marque se présente comme suit : 

“Olympia Le-Tan est le nom qui figure en tête de la liste de souhaits de toutes les fashionistas cultivées. Notre marque basée à Paris est célèbre pour avoir adapté des classiques littéraires, des œuvres d'art, des couvertures de films et d'autres éléments culturels en sacs à main pleins d'esprit. Chaque pièce est brodée à la main avec le savoir-faire français.” Il ne s’agit plus d’avoir l’air d’un.e intello, de défiler entre les livres mais d’en exploiter la couv qui dit tout de l'œuvre, pour y mettre ses petites affaires. Du coup, le livre, impulsion créative par son contenu devient aussi objet décoratif, accessoire mode.


Ainsi, Liya Kebede, mannequin international à la carrière et à l’image impeccables, a, quant à elle, lancé Liyabrairie à la fashion week de Paris : un label de « book bags ».

Fabriqués en cuir italien, déclinés dans des tons nude, sur Internet et au Bon Marché, ils ne se contentent plus de propulser les livres comme contenants mais de les exhiber. Ces “books bags” se portent à l’épaule comme des sacs à mains et permettent d’arpenter la ville.. avec ses bouquins en attache et bien en vue. Dans un esprit un peu ostentatoire : « dis moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es. » 


Beaux livres 


Car oui le livre permet aussi de crâner et c’est aussi dans l’autre sens que littérature et mode se mêlent : les coffee table books (livres de collection ou beaux livres) sont consacrés à l’histoire, aux archives et aux plus belles collections de mode, comme elles le sont pour d’autres formes d’art. 

En 2013, Esther Henwood a publié Mode & Littérature, un ouvrage pour lequel l’auteur a demandé à 40 créateurs de produire une tenue qui rendrait hommage à leur héroïne préférée. On retrouve du côté des créateurs, Karl Lagerfeld, Christian Lacroix ou encore Inès de La Fressange, et du côté des héroïnes, Lolita ou Anna Karénine…


Lieux de vente… et de culture


Depuis quelque temps, les livres remplacent les œuvres d’art dans les boutiques. 

Dior, Vuitton, Sonia Rykiel (pionnière du phénomène avec sa boutique-bibliothèque)…célèbrent le livre comme un objet qui pare la marque d’un prestige intellectuel d’envergure. 


L’expo Mise en page installée par Sarah Adelman au Bon Marché en 2024, du 24 février au 21 avril, avait marqué les esprits en proposant une compilation hétéroclite de librairies du monde entier, des produits exclusifs et des collaborations inédites pour contenter les esthètes et les bibliophiles. Le tout, à retrouver sur des espaces revisités en chapitres. 

Il y a aussi les cafés littéraires qui font florès chez Dior et chez Chanel. Chez la grande maison, on organise des rendez-vous littéraires, à la manière de salons que La Duchesse de Langeais (héroïne balzacienne) n’aurait pas renié. 

L’ambassadrice Charlotte Casiraghi y réunit des autrices comme Jeanette Winterson, Camille Laurens ou Anne Berest, invitées par ailleurs à assister aux défilés, avec la possibilité d’être habillées par la marque pour l’occasion. La marque française équitable Balzac Paris (dont le nom dit tout de son intention) avait créé, déjà, il y a quelque temps, un club de lecture sur inscription dans ses ateliers parisiens (on y a assisté). 


Les icônes pop créent des bookclubs et les écrivaines deviennent mannequins


Aujourd’hui, les écrivaines contemporaines sont en front row des shows, comme les actrices.  

Elles sont même sur les catwalks, surtout si leur image est inclusive, trendy et associée à des valeurs que prône la marque

La française Constance Debré ou l’américaine Ottessa Moshfegh, auteure du best-seller 

Mon année de repos et de détente (Fayard, 2019) constituent de parfaits exemples du phénomène. En février 2022, lors de la fashion week de New York, la marque Proenza Schouler distribuait à ses invités un communiqué de presse pour le moins original : à la place des traditionnels éléments de langage détaillant les inspirations des créateurs, le public découvrait une nouvelle intitulée Where Will We Go Next ?, une fiction qu’elle avait signée. Trois jours plus tard, la même écrivaine créait la surprise en défilant pour Maryam Nassir Zadeh. 

Pauline Klein,  autrice française, a, elle, rédigé les textes de Chloé quand Natacha Ramsay-Levi en était la directrice artistique, de 2017 à 2020. Elle a même défilé pour la maison à l’occasion de la présentation de la collection printemps-été 2021. 

Dua Lipa Bookclub
Service 95

Amanda Gorman, la sublime poétesse qui a illuminé de sa présence la cérémonie d’investiture de Joe Biden, est devenue une égérie pour Estée Lauder. Les écrivaines deviennent non plus des muses mais des influenceuses mode (comme les dandys au XIXe). 

Il faut dire que la littérature buzze sur les réseaux sociaux. Sur TikTok, le hashtag #booktok cumule plus d’une centaine de milliards de vues : la moitié seulement des mentions du hashtag #Fashion qui en réunit 240 milliards. Les anciens youtubeurs mode et lifestyle dévoilent désormais le contenu de leur bibliothèque plutôt que celui de leur dressing et #bookstagram est une vraie sous-culture (on en fait partie). Dua Lipa, 

star internationale et représentante d’un genre musical qui se veut plutôt pop qu’élististe a fondé Service95, son bookclub. 

Amerie, chanteuse R&B des années 2000, a elle aussi créé en 2020 “Amerie’s Book Club” qui se veut “ un club de lecture moderne pour les lecteurs modernes” et Sarah Jessica Parker, icône de la série Sex and the city a crée @JPLit. Quant à Reese Witherspoon,  elle dirige un "book club" valorisé plus de $1,000,000,000 (oui, milliard). Elle l'a lancé en 2017 et il s'appelle "Reese's Book Club". Il est 100% gratuit. A ceci près qu'il s'agit en réalité d'un funnel géant pour sa société de production "Hello Sunshine". Reese a plus de 3 millions de personnes dans son "book club". Chaque mois, elle leur recommande un livre (généralement avec une histoire centrée sur un personnage féminin), ce qui lui permet de vérifier la potentielle valeur ciné de l’œuvre en cas d’adaptation.


Oui c’est la lecture c’est tendance et si vous vouliez une ultime preuve que lire, ça fait glow up…vous l’avez ! 






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